Les modèles de coexistence des lignées
sexuées et asexuées de pucerons développés
dans l'équipe (Rispe et al 1998, Rispe et Pierre 1998) prédisent
que les lignées asexuées sont contre-sélectionnées
en cas d'hiver rigoureux (car elles ne produisent pas d'oeufs résistant
au froid) alors qu'elles sont avantagées lors d'hiver doux.
Afin de valider ces modèles, la distribution spatio-temporelle
des modes de reproduction de R. padi et de S. avenae a été analysée à l'échelle
régionale et nationale (Dedryver et al. 2001). Globalement,
la relation entre les modes de reproduction et le climat hivernal
prédite par les modèles est bien retrouvée.
Le maintien du sexe chez les pucerons semble donc résider
dans les capacités de résistance au froid dont seule
bénéficie les lignées sexuées. D'autres
facteurs peuvent néanmoins s'ajouter pour assurer la persistance
des lignées sexuées de pucerons sur le court comme
sur le long terme (Simon et al. 2002).
L'impact du mode de reproduction (parthénogenèse cyclique
ou obligatoire) sur la structure génétique des populations
de plusieurs espèces de pucerons (Myzus persicae, R. padi
et de S. avenae) a été étudié à l'aide
de microsatellites isolés par l'équipe (Simon et al.
2001) ou par nos collaborateurs (Wilson et al. 2004). Les populations à parthénogenèse
cyclique possèdent une diversité génétique
bien supérieure à celle à parthénogenèse
obligatoire, les premières sont rarement en déséquilibre
de Hardy-Weinberg et présentent peu de déséquilibre
de liaison alors que ces déséquilibres sont très
fréquents chez ces dernières qui présentent
en outre quelques clones particulièrement abondants (Delmotte
et al. 2002, Papura et al. 2003).
L'analyse des relations phylogénétiques entre
lignées sexuées et asexuées de R. padi à l'aide
de marqueurs nucléaires et mitochondriaux a révélé une
origine polyphylétique des lignées asexuées
chez ce puceron (Delmotte et al. 2001). De plus, il a été démontré que
les lignées asexuées pouvaient être générées
selon trois mécanismes: 1) par perte spontanée
de l'aptitude à former des sexués, 2) par des
flux géniques occasionnels entre lignées asexuées
(capables cependant de produire des mâles) et sexuées
et 3) par hybridation entre deux taxons différents.
L'origine hybride des lignées asexuées, qui
est assez courante chez les animaux, n'avait jamais été décrite
chez les pucerons (Delmotte et al. 2003).
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